Mercredi 11 novembre 2009

Ce matin, je lis ceci à propos des émigrés russes : « Les émigrés, considérant comme illégal le nouveau régime instauré en Russie et s'inquiétant des transformations radicales qu'il opère dans la société, prétendent sauvegarder les valeurs spirituelles, morales et culturelles russes et représenter ainsi en exil la "Russie éternelle" . Durant près de vingt ans, ils envisageront leur émigration comme temporaire et s'efforceront de préparer le retour des jeunes générations dans leur pays d'origine en leur transmettant leur langue, leurs traditions, leurs valeurs et leur foi. Loin d'être un mythe, l'image de l'émigré russe assis sur ses valises a été une réalité vécue jusqu'au début des années 40. »

J'en ai pleuré. Je peux témoigner que cette réalité a été vécue bien plus tard que le début des années 40.

Tout d'abord, ma mère et ses parents n'ont été naturalisés français qu'en 1948. Mon grand-père avait "choisi" un métier d'ingénieur pour servir son pays quand il y retournerait. Il en parlait avec ma grand-mère, qui n'était pas très tentée par le retour et leur fille, ma mère, n'a appris le français qu'en entrant à l'école vers 1943. Ce n'est que bien après la guerre que mon grand-père a dû admettre que le régime soviétique était solidement installé, et qu'il a renoncé à son rêve de retour.

Mais aussi : ma mère a épousé un Français dont le métier l'obligeait à de fréquentes mutations imprévisibles. Mon père rentrait un soir en annonçant que dans deux mois, nous devions être quelque part à l'autre bout du pays. Nous pouvions y rester quelques mois ou quelques années, nous ne le savions pas d'avance. On ne parlait pas encore de mobilité géographique mais cela existait déjà et je peux dire que c'est destructeur, pour les enfants qui le subissent. C'est ainsi que j'ai vécu une partie de mon enfance au milieu des cartons : c'est un carton (plein) qui me servait de table de chevet, ma mère ne vidait que ceux contenant les objets nécessaires et n'accrochait plus les rideaux aux fenêtres ou les abat-jour aux lampes, de crainte d'avoir à les décrocher peu après pour repartir. Ce n'est que lors de mon adolescence landaise que, mon père devenu directeur de l'usine locale, ma mère a ouvert tous les cartons, posé les rideaux, installé les abat-jours... Ils ont même tenté de faire construire. Mais ils sont finalement repartis, sans moi cette fois...

Et c'est ainsi que, devenue adulte, j'ai continué mon errance à travers le grand sud-ouest, me sentant profondément de partout et de nulle part, née par les hasards de la vie dans la région lyonnaise, région que je ne connais pas du tout. Je suis arrivée dans le Lauragais il y a près de vingt-trois ans, et ce devait être provisoire, je ne comptais pas rester. Mais ce n'est qu'au bout de seize ans que j'ai subitement compris que le provisoire durait depuis si longtemps que je devais peut-être admettre que ce n'était pas si provisoire que cela, et que je pouvais peut-être poser mes valises, au moins mentalement. Un peu plus tard, j'ai acheté mon merveilleux lopin de terre, mais je ne suis pourtant pas convaincue de rester ici jusqu'à la fin de mes jours. Mes valises sont certes posées et vidées, mais elles ne pas encore jetées, elles sont rangées dans un recoin (glissées sous le lit ?) et je me demande souvent où j'aimerais me poser pour de bon...


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Samedi 7 novembre 2009

La gesse à larges feuilles, Lathyrus latifolius, pousse volontiers dans les prairies du sud-ouest de la France, de préférence calcaires et bien exposées. C'est une jolie plante de la famille des Fabacées, à fleurs roses vif, longues tiges ailées et feuilles à deux folioles terminées par des vrilles.

Comme nous l'avons déjà vu, la gesse attire les pucerons, mais ceux-ci peuvent être rapidement éradiqués par les coccinelles.

Pas seulement les coccinelles, d'ailleurs, la vie est dure pour les pucerons !

Sur cette photo, il y a également un féroce prédateur et un parasite.

Le prédateur, c'est le petit truc au milieu de la photo, blanc translucide, il tient fermement un jeune puceron, mais j'avoue que je ne vois pas s'il s'agit d'une larve de chrysope ou une larve de syrphe, je pense plutôt chrysope.

Le parasite, c'est cette petite bestiole noire.

Elle est floue parce qu'elle est si petite que je ne l'avais pas vue non plus en faisant ma photo ! Il est probable que c'est une de ces petites guêpes parasites qui pondent directement dans les pucerons, et dont la larve se développe à l'intérieur du corps du puceron. Celui-ci devient immobile, dur et enflé, on appelle cela une momie. Devenue adulte, la petite guêpe découpe un opercule tout rond et sort de la momie qu'elle laisse derrière elle. Regardez, l'été prochain, vous verrez de ces momies au milieu des colonies de pucerons.

Plus tard, ce sont les gousses de la gesse qui attirent divers insectes phytophages (mangeurs de plantes), dont de jolis papillons bleus, les Azurés, et des bruches. Les chenilles et larves de ces insectes dévorent les graines.

Les bruches sont des petits Coléoptères Bruchidés, famille essentiellement inféodée aux graines de Fabacées : leurs larves se développent à l'intérieur des graines qu'elles rendent inconsommables. Ici, un adulte de bruche se promène sur une fleur de gesse, dont elle consomme le pollen.

Dans certaines zones du monde, les bruches sont capables de gros dégâts dans les stocks de grains mais, en Europe, les bruches du genre Bruchus ne pondent que sur les gousses. On connaît bien la bruche du pois et la bruche du haricot, appelées "cussou" dans le sud-ouest. C'est pour lutter contre ces bestioles qu'autrefois, et encore maintenant dans certaines régions, les paysans cultivaient les haricots en association avec le maïs : les insectes se repérant à l'odeur, ils ont plus de mal à découvrir leur plante favorite quand celle-ci est mélangée à d'autres que quand elle pousse en monoculture.

Sur la gesse, on peut donc trouver une bruche, Bruchus affinis, qui pond sur les gousses vertes, et dont la larve se développe à l'intérieur des graines pendant que celles-ci grossissent. Cette bruche a elle aussi des prédateurs et des parasites. Parmi eux, une petite guêpe, Dinarmus acutus, dont les larves se nourrissent des larves de bruche (sur cette gousse, les points blancs sont les oeufs de bruche).

Dit comme ça, ça paraît simple, pourtant si on y regarde de près, c'est assez étonnant : la larve de bruche est à l'intérieur de la graine de gesse, la graine de gesse est à l'intérieur de la gousse, et la gousse est quelque part dans une vaste prairie au milieu de nombreuses autres plantes de toutes sortes. Cela veut dire que la minuscule petite guêpe est capable, parmi mille et un parfums et mille et une couleurs, de repérer les gousses de gesse parsemées de quelques oeufs de bruche.

Puis, à travers la gousse, de repérer la graine infestée par une larve de bruche. Puis de pondre son oeuf à travers la gousse et la graine, très précisément sur le corps de la larve de bruche qui servira de garde-manger à son rejeton pendant trois semaines.

Encore plus fort : comme tout insecte dans nos régions, la petite guêpe doit trouver un moyen de passer l'hiver. La bruche passe l'hiver sous forme adulte, mais certaines espèces d'insecte passent l'hiver sous forme d'oeuf, de larve, de chrysalide... On appelle cela diapause chez les insectes : un arrêt du développement en attendant des jours meilleurs. Cela correspond un peu à l'hibernation des Mammifères.

Certains insectes n'ont qu'une génération par an, et dans ce cas c'est assez simple, l'entrée en diapause est obligatoire à un stade donné, elle fait partie du cycle de vie de chaque individu de l'espèce. C'est le cas de Bruchus affinis. Mais notre petite guêpe, elle, a plusieurs générations par an et plusieurs hôtes. Quand arrive l'automne, elle doit donc être avertie pour entrer en diapause au bon stade, celui capable de résister au froid et au jeûne. Chez beaucoup d'insectes, c'est le raccourcissement des jours qui les avertit, signal plus fiable que la baisse de la température (surtout avec le changement climatique !) Chez notre petite guêpe, c'est bien le cas. Mais la larve étant enfermée dans une graine elle-même enfermée dans une gousse, elle est vraisemblablement insensible à la durée du jour et c'est la mère qui est avertie, à l'époque où elle pond, pour que ses rejetons entrent en diapause quelques semaines plus tard. Comment fait-elle passer l'information ? Mystère et boule de gomme. La nature n'est-elle pas extraordinairement inventive ?

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Lundi 2 novembre 2009

Ces jours-ci, les matinées sont brumeuses avant que le soleil n'apparaisse ("après dissipation des brumes matinales", comme on dit à la météo). Quand j'habitais sur les coteaux, ça ressemblait à ça :

Je voyais le soleil se lever, puis le brouillard montait, en milieu de matinée, avant de se dissoudre, c'était un spectacle dont je ne me lassais pas.

Maintenant, j'habite dans la plaine, c'est un peu pareil et différent à la fois, je ne sais même pas si j'ai eu l'occasion de faire des photos. L'autre jour, en allant vers Toulouse au milieu de ce merveilleux paysage, avec ces nuages légers flottant paisiblement au-dessus des champs, je me remémorais un des plus beaux souvenirs de mon enfance.

J'avais entre huit et dix ans, et ma meilleure amie Isabelle m'avait invitée à passer le week-end chez sa grand-mère, en Normandie. C'est là que j'ai apprécié le beurre pour la première fois de ma vie. Jusque là, je trouvais le beurre répugnant, gras, gluant, que sais-je ? Mais ce jour-là, mon amie a insisté pour que je goûte une tartine de pain grillé bien chaude sur laquelle le beurre avait fondu... Un régal ! Depuis, j'ai appris à aimer aussi le beurre non fondu sur du pain non grillé.

Je suppose que cela se passait en automne, ou peut-être au tout début du printemps. Avant de revenir déguster des tartines grillées dans la cuisine accueillante, nous étions sorties par la fenêtre au lever du soleil, alors que les adultes dormaient encore. Nous étions allées nous promener dans les prairies humides de rosée. Et là, le miracle, la magie : un nuage flottait à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol. Émerveillées, nous avions joyeusement gambadé dans ce nuage.

Bien sûr, quand nous avons raconté cela aux adultes, ils ont essayé de nous faire croire qu'il s'agissait de brouillard. Mais le brouillard, nous en avions déjà vu, c'est quand le paysage est noyé dans une sorte de coton blanc qui avale tout, un peu comme ça :

Mais ce jour-là, ce n'était pas ça, c'était bel et bien un nuage, qui était au ras du sol, et nous avions marché dans le nuage !

Les adultes sont bêtes, ils ne comprennent rien, il se passe des choses très spéciales, le dimanche au lever du soleil, quand ils traînent au lit, comment peuvent-ils savoir ?

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Dimanche 1 novembre 2009

Ce matin, je cherchais de vieilles photos et j'en ai trouvé d'autres, c'est souvent comme ça... J'aime bien laisser l'inspiration éclore au fil du hasard.

En août 1988, un magnifique plant de cirse laineux ornait mon jardin.

Le cirse laineux est un grand chardon (famille des Asteracées, anciennement Composées) très piquant, qui apprécie les sols secs et calcaires. Sa présence en dit long sur les qualités de ce jardin qui n'a jamais ressemblé à autre chose qu'à une prairie mal entretenue, malgré nos efforts. Cela dit, sur le plan de la biodiversité, il valait bien mieux que la plupart des jardins bien propres de mes contemporains.

Le cirse laineux doit son qualificatif à l'espèce de laine qui orne ses capitules. Vu de dessus, l'effet esthétique est indéniable.

Ses fleurs ont une belle couleur rose vif et ses feuilles portent de redoutables piquants jaunes. Il paraît que les tiges et les capitules sont comestibles et délicieux, mais leur consommation demande sans doute beaucoup de patience !

Ses belles fleurs, en réalité des capitules portant des dizaines de fleurettes, attirent de nombreux insectes. Ce jour-là, il y avait des bourdons, toujours trop rapides pour que je parvienne à faire de jolies photos. J'ai vu aussi, plus facile à approcher, un joli coléoptère jaune et noir.

C'est le lepture tacheté (Leptura maculata ou Rutpela maculata), Coléoptère Cérambycidé (famille des longicornes ou capricornes). Ce bel insecte, à la livrée variable, vit peu de temps, moins d'un mois, pendant lequel il se nourrit du pollen de diverses fleurs. Les larves, elles, mangent du bois pourri.

Sur mon cirse laineux, il y avait aussi ce jour-là une belle grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima). Les sauterelles sont des Orthoptères Tettigoniidae, reconnaissables à leurs très longues antennes. Les femelles ont un long oviscapte, une sorte de poignard plus ou moins long et recourbé vers le haut, au bout de leur abdomen, qui leur sert à insérer leurs oeufs dans les végétaux ou le sol. Cette sauterelle étant dépourvue d'oviscapte, c'est donc un mâle. Pour striduler, monsieur Tettigonia frotte ses élytres (vestiges d'ailes dures, ici brunes) l'une contre l'autre.

J'aime bien portraiturer les gros insectes. Et de face c'est marrant, ça leur donne souvent l'air de loucher. Notez le sens esthétique de cette sauterelle dont les antennes sont assorties aux piquants du chardon.

Les yeux des insectes sont composés, c'est-à-dire constitués de centaines voire de milliers de facettes qui sont autant de petits yeux simples, appelés ommatidies. Les yeux composés sphériques de cette sauterelle lui donnent un très large champ de vision. L'autre avantage de ces yeux composés est que le moindre mouvement, même minime, est facilement perçu par l'insecte, car l'image touche, en se déplaçant, des facettes différentes. L'impression que cette sauterelle louche vient de ce que mon appareil est juste en face de quelques facettes, alors visibles en noir (nous voyons le fond de ces ommatidies), les autres apparaissant vertes. Dans un oeil d'insecte, il n'y a pas de pupilles ou d'iris comme dans le nôtre.

Sur cette photo, on voit assez bien l'appareil buccal complexe de la sauterelle et en particulier les deux paires de palpes (palpes maxillaires et palpes labiaux) qui sont des organes sensoriels du goût (les antennes sont des organes de l'odorat).

Notez aussi les piquants sur les tibias des pattes antérieures : les sauterelles sont omnivores, elles apprécient particulièrement les autres insectes et elles peuvent même mordre l'humain qui les manipulerait sans respect. Le léger renflement en haut des tibias antérieurs correspond aux organes auditifs.

Eh oui ! les insectes ont à peu près les mêmes sens que nous : ouïe, odorat, goût, toucher, vue... mais ceux-ci ont un fonctionnement et des emplacements sur le corps qui n'ont souvent rien à voir avec les nôtres. C'est une des choses qui me fascinent dans l'étude des insectes : la prise de conscience de l'infinie diversité des formes et des fonctions, l'imagination débordante de Mère Nature. Mais aussi l'infinie diversité des représentations du monde qui correspondent. À quoi ressemble le monde perçu avec des antennes en guise de nez, des palpes en guise de papilles gustatives, des oreilles sur les tibias, des yeux composés ? À quoi ressemble la vie pour un être qui naît au printemps et meurt en automne sans jamais connaître l'hiver ?

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Mercredi 28 octobre 2009

Hier, à Toulouse, je suis passée dans une rue que je croise souvent mais que je n'avais jamais empruntée. J'y ai vu cette curieuse porte.

Ce qui a attiré mon regard, outre sa curieuse forme très en hauteur, relativement fréquente dans la région, c'est les instruments de musique sculptés à son fronton : un violon, un instrument à vent dont je ne vois pas bien ce que c'est, et des branches d'aubépine.

L’aubépine aurait le pouvoir d’éloigner la foudre, elle est aussi un symbole de bonheur, de prospérité et de fidélité conjugale. Depuis l'époque antique, on pense qu'une branche d'aubépine accrochée à la porte de la maison éloigne les mauvais esprits et protège la maison.

Malheureusement, je n'ai pas fait de photo de la maison entière, ce sera pour une autre fois.

Publié dans : Toulouse
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